Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de vraie solution contre les corps flottants ?

Aurore Allemand • 5 décembre 2025

Les corps flottants touchent plus d’une personne sur quatre après 40 ans, et jusqu’à 76 % après 65 ans selon les études ophtalmologiques. Pourtant, en 2025, aucun traitement simple, sûr et universel n’existe pour les faire disparaître.



Pourquoi ? La réponse mêle anatomie, risque, limites technologiques et… fonctionnement du cerveau.

corps flottant examens


Un problème très fréquent, mais longtemps minimisé


Les corps flottants — myodésopsies — sont ces filaments, taches ou points mobiles qui glissent dans le champ visuel.

Ils proviennent du vitré, un gel qui remplit l’œil et qui, en vieillissant, se liquéfie. Des condensations se forment et projettent des ombres sur la rétine.


Pendant des décennies, la médecine considérait cela comme bénin, « gênant mais sans gravité ». Résultat :


  • peu de recherche dédiée ;
  • pas de traitement standardisé ;
  • des patients souvent laissés avec « il faut s’habituer ».


Pourtant, l’impact sur la qualité de vie est documenté : une étude du British Journal of Ophthalmology montre qu’un patient sévèrement gêné peut être prêt à perdre 7 % de son espérance de vie pour ne plus avoir de corps flottants.




Pourquoi on ne peut pas “nettoyer” le vitré facilement


Le vitré est une structure fragile, transparente et profondément située.

Toute intervention comporte un risque qui doit être inférieur à la gêne ressentie.



1. La vitrectomie : efficace, mais trop risquée pour la plupart


C’est la seule technique qui retire réellement les corps flottants.

Mais elle implique :


  • une chirurgie intra-oculaire ;
  • un risque de décollement de rétine (0,5 à 2 %) ;
  • un risque de cataracte accélérée (jusqu’à 50 % chez les plus de 50 ans) ;
  • des infections oculaires très graves, même si rares.


Pour les cas très sévères, cela peut se justifier.

Pour un patient gêné mais avec une bonne vision… le rapport bénéfice/risque n’est pas favorable.




2. Le laser YAG : une piste séduisante mais très limitée


Le laser YAG peut fracturer certaines condensations du vitré.

En réalité :


  • il ne fonctionne que si les flottants sont isolés, durs et bien éloignés de la rétine ;
  • il peut déplacer des débris ailleurs ;
  • il expose à un risque d’hypertonie oculaire ou de lésion rétinienne.


Les études montrent qu’à peine 30 à 40 % des patients en tirent un vrai bénéfice — et seulement dans des cas très précis.




3. Les compléments alimentaires : aucune preuve réelle


Aucun complément (antioxydants, enzymes, vitamines) n’a montré :


  • une réduction de taille,
  • une disparition,
  • ou même un ralentissement de la formation des corps flottants.


Les scientifiques n’ont jamais trouvé de molécule capable de dissoudre les fibres de collagène du vitré sans danger.




4. Pourquoi la science avance si lentement


Le défi est double :


  1. Le vitré n’est pas un tissu simple : c’est un réseau tridimensionnel de collagène, hydraté à 98 %.
  2. Modéliser sa dynamique est encore complexe, même pour des outils d’imagerie avancée.
  3. Les symptômes sont très variables
  4. Deux patients avec la même image OCT n’auront pas du tout la même gêne.
  5. Le ressenti dépend :

  • de la lumière,
  • de la psychologie,
  • de la plasticité cérébrale,
  • de la position exacte des condensations.


C’est ce décalage entre objectivation difficile et gêne massive qui rend la recherche lente.




5. Le rôle du cerveau : l’angle oublié de la médecine


C’est le point clé : on sait aujourd’hui que le cerveau possède un pouvoir d’adaptation majeur.

Il ignore naturellement :


  • la tache aveugle,
  • les vaisseaux rétiniens,
  • certaines imperfections du champ visuel.


Les études sur la neuroplasticité visuelle montrent que le cerveau peut apprendre à atténuer la perception des flottants, mais cette capacité varie d’un individu à l’autre.

C’est l’un des axes les plus prometteurs pour les années à venir.




6. Ce que les patients peuvent réellement attendre aujourd’hui


La réalité médicale de 2025 se résume en trois points :


  1. Aucun traitement n’élimine les flottants sans risque.
  2. La chirurgie n’est indiquée que pour les cas sévères.
  3. La gêne peut diminuer avec le temps, grâce à l’adaptation cérébrale et au déplacement naturel des condensations.


Selon une étude de l’Université de Berkeley, près de 65 % des patients rapportent une diminution spontanée de la gêne sur 12 à 18 mois.




7. Pourquoi les patients ont l’impression d’être « abandonnés »


Parce que l’impact est invisible.

Un patient peut voir parfaitement à l’examen, tout en étant épuisé mentalement.

La médecine reconnaît de plus en plus cette dissonance entre vision objective et vision vécue, mais aucun protocole standardisé n’existe pour la prise en charge non-chirurgicale.





S’il n’existe pas encore de vraie solution, ce n’est pas par manque d’intérêt, mais parce que le vitré est un terrain extrêmement difficile à traiter sans danger.

La recherche avance, notamment sur la compréhension fine de la dynamique des flottants et sur la capacité du cerveau à s’adapter.

Les prochaines années seront probablement décisives, avec l’émergence d’approches centrées sur la neuro-adaptation, la modélisation du vitré, et des techniques plus sûres.




Et si nous pouvions vous aider ..


Depuis plusieurs années, un constat revient dans toutes les consultations d’ophtalmologie : les patients gênés par leurs corps flottants se sentent souvent démunis. Ils vivent un symptôme réel, quotidien, parfois envahissant… mais pour lequel il n’existe aujourd’hui ni solution simple, ni véritable parcours d’accompagnement.

Cette zone grise, à la frontière entre la perception visuelle et le vécu neurologique, reste encore largement inexplorée.


Pourtant, la science avance vite. Les connaissances sur la plasticité cérébrale, l’adaptation perceptive et le fonctionnement du vitré n’ont jamais été aussi riches. Et dans ce domaine, un mouvement commence à émerger : celui qui consiste à repousser les limites de ce qu’on pensait possible dans la gestion de ces phénomènes visuels.


C’est précisément dans cet espace — entre la médecine, la recherche et l’expérience patient — qu’un nouveau projet est en cours. Un projet qui ne cherche pas à promettre l’impossible, mais à ouvrir une voie différente, fondée sur les mécanismes naturels du cerveau et les outils d’aujourd’hui.

Un projet qui vise à changer la manière dont on accompagne les personnes gênées par leurs corps flottants : plus proche, plus structuré, plus éclairé par la science, et surtout plus utile au quotidien.


Les prochains mois seront décisifs. Et si aucune « solution miracle » n’existe encore, une chose est certaine : le regard porté sur les corps flottants est en train d’évoluer. Et avec lui, de nouvelles approches pourraient enfin voir le jour.

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